10 Dec 2009
Changements climatiques : Comprendre les enjeux et les défis de Copenhague
Ce sommet a pour but de prévoir une suite au protocole de Kyoto contre les bouleversements climatiques en cours.
Le monde vit depuis le 7 au 18 Décembre prochain la conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se tient à Copenhague la capitale danoise. Cette grande messe est la suite de nombreux autres sommets consacrés aux questions environnementales, à l'instar de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement de Stockholm en juin 1972, la Conférence des Nations Unis sur l'environnement et le Développement de Rio en Juin 2002 encore appelé sommet de la Terre et le sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg en Août 2002. Il ne se passe plus de jours sans qu'on entende parler dans quelques médias que ce soit du sommet de Copenhague, sans pour autant qu'on soit toujours en mesure de cerner avec exactitude tous les contours, les tenants et les aboutissants de cette rencontre mondiale qui s'annonce déjà. Autant ce sommet suscite de nombreux commentaires et débats passionnés à travers la planète, autant il fait l'objet de nombreuses incompréhensions et interrogations pour pas mal de personnes, interrogations et incompréhensions auxquelles il faudrait apporter un certain éclairage pour la bonne gouverne de tous. Pour comprendre les enjeux et les défis du sommet de Copenhague prochain, il convient de connaître de quoi on va parler pendant ce sommet. A cette préoccupation, il faut dire que le sommet est organisé par les Nations Unies. Il sera la conclusion de deux années de négociations en vue d'un nouveau traité mondial visant à corriger les causes et les conséquences des émissions de gaz à effets de serre. Le changement climatique sera au cœur des discussions avec une question essentielle : quels objectifs se fixe-t-on en ce qui concerne la réduction des gaz à effets de serre (GES)? Entre autres sujets qui seront aussi évoquées : la question du financement des différents programmes de réductions d'émissions de gaz et la question des aides (financières et techniques) à apporter aux pays les moins nantis dans le cadre de leurs politiques climatiques. Mais c'est quoi le changement climatique? Pour le lecteur qui pose cette question, disons tout de suite que le changement climatique correspond à une modification durable des paramètres statistiques du climat global de la Terre ou de ses divers climats régionaux. Ces changements peuvent être dus à des processus intrinsèques à la Terre, à des influences extérieures (par exemple les variations de l'intensité du rayonnement solaire dues aux variations de l'orbite terrestre ou aux variations de l'activité solaire) ou aux activités humaines.
Même si la terre a connu dans son histoire de fortes variations de climat provoquées par des causes naturelles, aujourd'hui c'est l'homme qui est le principal responsable du réchauffement actuel de la planète de par ses activités (utilisation massive de combustibles fossiles tels que le pétrole, le gaz naturel et le charbon, accélération de l'industrialisation et de la multiplication des procédés industriels, déforestation, etc.) qui sont causes de la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère . Le défi actuel pour nos économies est de concilier croissance économique et préservation de notre environnement. En effet, nous avons aujourd'hui besoin de couper des arbres en forêt pour fabriquer des meubles ou pour pratiquer l'agriculture indispensable à notre alimentation. Nous avons besoin de brûler du pétrole et du charbon pour faire tourner les machines dans les industries ou pour faire rouler nos véhicules. De plus en plus, il nous faut prélever des animaux dans la nature pour nourrir la population grandissante ou pour conduire des expériences scientifiques en laboratoire. Même si toutes ces actions et biens d'autres contribuent au développement et à l'amélioration du standard de vie, force est de reconnaître qu'elles participent à la dégradation de notre environnement.
Notre développement doit permettre de répondre aux besoins du présent sans toutefois compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. C'est ce principe qui est à la base du concept de développement durable tel que défini par le rapport de la commission mondiale sur l'environnement et le développement (rapport Brundtland, 1987). Certains peuvent ne pas se sentir concernés par La problématique du changement climatique tellement elle pourrait apparaître a leurs yeux un peu théorique, sauf que nous la vivons déjà et que ses conséquences sont pour le moins dramatique: - Augmentation des fréquences et/ou de l'intensité des catastrophes météorologiques comme les inondations (qui ne se souvient pas des récentes inondations ayant affectées l'Afrique de l'ouest ?) - la montée du niveau des eaux qui engloutissent les terres et menace de faire disparaître des pays comme les îles Maldives - multiplication des foyers de famine en raison du caractère de plus en plus aléatoire des pluies (le paysan qui me lit du côté de Bandjoun sait par exemple qu'il n'est plus surprenant de voir les pluies tombées en pleine saison) et le rétrécissement des terres agraires avec l'accélération de la sécheresse, etc.
Ainsi donc, face aux conséquences dommageables des changements climatiques, le sommet de Copenhague sur le climat a pour but de prévoir une suite au protocole de Kyoto contre les bouleversements climatiques en cours. Il doit déboucher sur un accord international valable de 2013 à 2017. Pour mémoire, il est important de rappeler que le protocole de Kyoto avait été adopté le 11 Décembre 1997. Entré en vigueur en février 2005 et expirant fin 2012, il n'est à ce jour pas ratifié par les Etats-Unis qui restent avec la Chine, les principaux pays pollueurs de la planète avec respectivement 20% et 21% des émissions anthropiques de GES. Ce protocole prévoit une réduction des émissions des gaz à effets de serre par les pays industrialisés d'au moins 5.2% d'ici à 2012 par rapport au taux de 1990. Il énonce aussi les politiques et mesures à mettre en œuvre pour réaliser ces objectifs de même que les mécanismes de flexibilité .
Au-delà des ambitions pour le moins nobles qu'affiche le prochain sommet de Copenhague, il est fortement à craindre que celui-ci ne débouche sur un échec, tant les intérêts des forces en présence semblent difficilement conciliables. Les pays industrialisés ne parviennent pas à se mettre d'accord sur des objectifs de réduction des GES. Les désaccords existent aussi entre pays industrialisés et pays en développement. Ces derniers avec en tête la Chine et l'Inde refusent qu'on leur impose des cibles contraignantes de réduction des GES, car si les pays riches se sont développés en brûlant des énergies fossiles, au nom de quoi les empêcherait t'on d'en faire autant ? Les Chinois (et les pays émergents en général) considèrent que les pays riches, et notamment les Etats-Unis, doivent prendre des engagements supérieurs du fait de leur responsabilité "historique" dans le réchauffement climatique contrairement aux Etats-Unis qui estiment que les grands pays émergents, à commencer par la Chine, doivent être astreints aux même règles que les pays riches.
Même si les émissions des GES sont principalement le fait de l'accélération de l'industrialisation des pays nantis, les premières victimes du réchauffement climatique seront les pays pauvres (en particulier les pays d'Afrique) plus vulnérables et moins armés pour faire face à la situation. C'est pourquoi ceux-ci réclament un soutien financier accrus de la part des pays développés pour financer les programmes de réduction de carbone et d'adaptation aux conséquences du changement climatique. Et si le sommet de Copenhague n'accouchait donc que d'une souris ? On est droit de se poser cette question au regard des désaccords qui persistent. Le premier ministre éthiopien Meles Zénawi par ailleurs coordonnateur de la position africaine commune pour les négociations déclarait le 3 Septembre dernier lors de la rencontre entre les pays africains et l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) : " Si cela est nécessaire, nous sommes préparés à quitter des négociations qui seront un nouveau viol de notre continent ". Pour relativiser les possibilités de parvenir à un accord global de réduction, Janos Pasztor, Directeur de l'équipe de soutien sur les changements climatiques du Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies (ONU) reconnaissait le 26 Octobre dernier que : " La question des changements climatiques ne va pas être résolue à Copenhague. Nous avons toujours su cela : c'est un processus de long terme qui va prendre des années, voire des décennies. ". C'est dire que Copenhague ne sera probablement qu'une "étape ".
La venue annoncée du président américain Barack Obama suscite chez pas mal d'observateurs, l'espoir d'un accord. En effet, le président Obama vient avec des propositions de réductions chiffrées. Il mettra sur la table un objectif de 17% de réduction des émissions des GES américaines d'ici à 2020 et par rapport à 2005. Cette proposition peut sembler toutefois faible car elle ne correspond en réalité qu'à une réduction de 6% par rapport à 1990. En guise de comparaison, La position commune de l'Union européenne est de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d'au moins 20% par rapport à 1990 d'ici 2020, et de 30% si un accord international ambitieux peut être trouvé. L'objectif à long terme pour les américains est de réduire les émissions de 83% d'ici à 2050 par rapport à 2005 avec des objectifs intermédiaires de 30% d'ici à 2025 et 42% d'ici à 2030. La Chine a suivi les Etats-Unis avec une première annonce. Elle affiche un objectif pour 2020 de réduction chiffrée de ses émissions de gaz à effet de serre par unité de PIB de 40 à 45% par rapport à 2005. Le Premier ministre indien Manmohan Singh a déclaré pour la première fois que " L'Inde est prête à accepter des objectifs ambitieux de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, mais cela doit s'accompagner d'un partage du fardeau équitable ". Il s'est gardé toutefois de donner des indications chiffrées.
Le secrétaire général de l'ONU est le premier à se féliciter de ces initiatives et à exprimer son optimisme à quelques jours du sommet sur le réchauffement climatique : " Nous ne devons pas échouer. Un succès est en vue à Copenhague. Nous devons profiter de ce moment pour sceller l'accord ". Tout en exhortant tous les chefs d'Etat et de gouvernement à se rendre aux derniers jours du sommet, Ban Ki-moon s'est dit convaincu que les négociations permettraient d'adopter une déclaration forte sur la nécessité de fixer des objectifs de réduction d'émission des gaz à effets de serre, tenus pour responsables du réchauffement climatique. Comme on peut le constater, quelques jours après l'ouverture du sommet, rien n'est décidé d'avance. Alors, sommet de Copenhague, succès ou échec ? A chacun sa réponse. Pour ceux qui hésitent à se prononcer, rendez-vous au soir du 18 Décembre.
Par Serge Ntamack Epoh* * Chercheur en droit international, diplomate stagiaire
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