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Trajectoire

01 Jun 2010
Claudine Bouffier : Un amour pour les enfants

A la retraite depuis 2006, la vieille Française s’occupe des enfants déshérités dans deux quartiers de Yaoundé.

Elle parle sans arrêt de ses «bouts de chou». Mais, surtout, de leur génie. Emerveillée par leurs résultats scolaires, Claudine Bouffier est convaincue qu’il y a «du bon chez les enfants abandonnés et déshérités des quartiers populeux» de la capitale camerounaise. «Ils sont drôles, et j’ai pu le vérifier la semaine dernière lorsque nous leur avons organisé une petite partie. Ils sont pleins de volonté. Ils ont une bonne tenue à table, savent se servir des couverts mis à leur disposition, ont un sens élevé de l’observation. Je suis davantage fascinée par leur politesse. Ceci me fait dire que la morale occupe une place importante dans le système éducatif camerounais, notamment chez les catholiques», indique Mme Bouffier, particulièrement intriguée par le volume des enseignements au programme scolaire au Cameroun.

Passionnée des problèmes d’éducation, elle ne sait d’où lui vient ce penchant qu’elle explique par les activités professionnelles de ses parents, qui se seront occupés d’enfants handicapés toute leur vie durant. «Je ne suis pas sûre que c’est cela, mais je crois que ceci pourrait expliquer cela», relève, un petit sourire en coin, celle qui n’a ni mari ni enfant: «Je ne crois pas en Dieu. Autour de moi, c’est le grand vide. Cela peut paraître tragique parce qu’on le vit plus profondément en soi, mais c’est des choix.» Une option qu’assume celle qui, à chaque retour dans sa France natale, se charge de voir et de s’occuper sa mère, aujourd’hui âgée de 92 ans.

Et pourtant, rien ou presque ne destinait cette sexagénaire à la prise en charge des tout petits. Surtout pas des enfants d’Afrique. Elle qui n’a aucun tropisme. «J’ai passé ma vie entre Paris et New-York», répond-elle lorsqu’on lui demande à quand remonte sont rapport avec le Cameroun: «Mon premier contact avec ce beau pays remonte à 2004. J’y suis arrivée à la faveur d’un contrat avec une agence des Nations Unies. Une expérience pas véritablement fructueuse. C’est au cours de ce séjour-là que je m’aperçois que tous les matins, un petit enfant fait la manche place de l’Hôtel de ville. Il m’avait abordé à plusieurs reprises. Mais même lorsque je ne lui donnais rien, il le prenait avec courtoisie.» Elle va finir par devenir son unique parent au monde.

Précurseur
C’est ainsi que Claudine Bouffier décide, un jour, d’en savoir un peu plus sur le jeune enfant qui lui révèlera qu’il se prénomme Alain. «J’ai décidé de le prendre avec moi, pour me rendre compte qu’il vit avec sa grand-mère au quartier Etoa Meki. Après de nombreux tests, je me rendrais compte également qu’il ne vole pas, ne dit pas de mensonges non plus. Alain était surtout assoiffé de savoir, ce que j’ai décidé de lui offrir. Il s’agissait de payer ses études, de le nourrir et de le soigner. En clair, de le prendre entièrement en charge.» Un choix judicieux et qui donne déjà des fruits: Cette année, Alain présente le Cep. Entre-temps, la grand-mère du jeune garçon a été écrasée par un taxi.
«Alain est dont le précurseur du programme que je vais mettre en place par la suite: Educ’Actions pour l’Afrique qui compte 38 enfants à Yaoundé, dans les quartiers Etoa Meki et Briqueterie notamment», explique-t-elle. Les enfants sont entièrement pris en charge à l’année par l’association qui s’occupe de leurs études et des soins de santé – avec comme praticien le Dr Pierre du centre médical de la Source, au lieu dit Rond-point Nlongkak. «Dans cette aventure, je bénéficie du concours de donateurs.

Tous ceux qui y travaillent sont des bénévoles ainsi que le prévoit la loi, qui encadre ce type d’activités en France. Parce qu’il s’agit d’une passion, mais aussi de la formation des enfants, nous leur offrons tout ce dont ils ont besoin.»
Il s’agit notamment de deux repas par jour, avec un sandwich à la récréation de 10h: «Selon la convention qui nous lie au cabinet médical de la Source, le Dr Pierre, qui connaît très bien les maladies des enfants en milieu tropical, les déparasite deux fois par an et met en hospitalisation ceux qui arrivent pour des cas spécifiques de maladie. Je me fais entourer de responsables sur le terrain dans les deux quartiers. Ils sont les relais de l’association, qui s’occupe aussi bien d’enfants camerounais que centrafricains. Des mioches que la misère a failli priver de toute éducation, mais aussi de toute affection, de l’humaine civilisation, de tous les savoirs qui leur tendent les bras.»

Vivacité
Et Claudine Bouffier semble porter à «ses» enfants une attention particulière: «Ils sont d’une telle vivacité d’esprit que j’aimerais leur offrir beaucoup plus que ce qu’ils reçoivent. J’espère pouvoir y arriver. Dans un avenir proche, j’aimerais trouver un local où les regrouper de manière à leur donner la même éducation dans le même cadre. J’aimerais, en plus, porter l’effectif dès la prochaine rentrée à 50. J’en ai déjà parlé avec Ahmadou, le relais de la Brique.» Passé ce premier projet, la présidente d’Educ’Actions envisage la mise sur pied d’une maison d’éducation, «un cadre d’éveil, d’éducation des enfants et des femmes pour apprendre des métiers leur permettant de se sortir de la pauvreté».

Pour le démarrage de cette partie de sa vie, elle envisage de mettre à contribution quelques Camerounais, notamment de Marseille, sa ville de résidence: «Cette phase pourra rendre encore plus adorables les enfants, qui sont un monde sublime qu’il faut absolument pénétrer.» Si elle surestime leurs capacités, Claudine Bouffier déplore aussi le volume d’enseignements inscrits aux programmes scolaires camerounais, comparé à son pays la France. «Il faut le reconnaître, au Cameroun – et je l’imagine pour les autres pays d’Afrique –, on demande trop à la jeunesse scolaire. Les programmes, en plus d’être denses, sont très longs et les disciplines nombreuses.»

Chercheur de tête à l’international pendant plus de 30 ans, cette dame a passé sa vie professionnelle à détecter de haut niveau. Elle est devenue indépendante depuis 1989. Avant sa retraite de 2006, elle aura exercé comme consultant auprès de nombreux organismes. Esprit alerte et particulièrement au fait de l’actualité des relations France-Afrique, elle parle avec la même passion des évolutions du monde, du développement technologique, de la future révolution industrielle et du nouvel ordre mondial. Dans cette marche du monde, elle estime que l’Afrique, dans cette mouvance-là, aura son mot à dire. Amoureux du Cameroun, qu’elle dit être un grand pays, Mme Bouffier regrette qu’il n’offre pas tout le bien qu’on en attend.

Léger Ntiga

   
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